La conquête Romaine en Gascogne

La vigne avant la conquête

Selon Strabon les monts Cévenols séparent deux mondes : à l'est la connaissance du vin rend la vie plus agréable tandis qu'à l'ouest, faute de vin on doit se satisfaire de bière. Les Aquitains habitent ce versant défavorisé du monde antique. Et pourtant ils connaissent le vin grâce aux "mercatores" méditerranéens. Les gaulois raffolent de ce produit au point de justifier quelques incursions en Italie et vont très vite contribuer au développement d'un marché prometteur. Bientôt Narbonne devient un centre de production viticole des Romains qui y introduisent aussi l'olivier. Mais pour fournir la Gaule il devient nécessaire de recourir à la production italienne transportée dans des amphores dites "Italicas". Aussi Narbonne-Toulouse devient une voie de circulation très fréquentée. Les "negotiatores" Romains jouissent des faveurs de la douane. Sous la pression d'un groupe Italien une route du vin est ouverte vers "Burdigala" qui se charge de la redistribution de la liqueur mais étrangement, deux siècles av-J.C. au temps de Cicéron la Gascogne intérieure ignore jusqu'à l'existence de ce négoce. Ses contacts avec la civilisation romaine sont tout au mieux sporadiques. Les fleuves étant les principales voies de pénétration du vin, Cazères en Haute-Garonne fut semble-t-il le premier lieu de rencontre entre Romains et Aquitains. Outre le vin et les amphores les Romains introduisent en Aquitaine un produit de qualité : la vaisselle campagnienne. Tout incline à penser que le mouvement de Romanisation culturelle débuta à cette époque parmi les aristocrates, alliés relatifs (politiquement) et économiquement soumis aux Romains.

La conquête Romaine : de moins 118 à moins 56

Par son relief et son climat la Gascogne est une terre lénifiante et les vertus guerrières des Aquitains sont émoussées par deux siècles et demie de paix. En 118 av-J.C. Domitius Ahenobarbus1 proconsul impose une alliance aux Volques Tectosages et Toulouse, héritant d'une garnison, se soulève avant d'être matée et pillée en moins 106 par Servilius Caepio2. Le territoire est incorporé à la Provincia Romana qui pose un pied en Gascogne et s'avance vers les Ausci. En outre les Romains s'appuient sur leurs suzerainetés Volques du Sud. Mais refusent d'aller plus avant vers les Pyrénées, vectrices d'insécurité. Lectoure se rallie promptement à eux et en moins 55 César mentionne la mort dans les rangs romains d'un Aquitain nommé Pison dont le grand-père avait été roi. Cet homme aurait étudié à Rome et obtenu du Sénat le titre "d'ami du peuple Romain". Quoi qu'il en soit Consorani, Convenes et Lectorates furent très vite soumis aux Romains dans une campagne visant à asseoir Narbonne et n'ayant aucune ambition impérialiste. Les peuples Aquitains conscients de leur division et n'ignorant pas que pour cette même raison, ils ne représentaient pas une menace pour les Romains n'ont pas senti le danger. Toutefois, lors des incursions Cimbres (peuples germaniques) qui ne les affectent guère, la défaite enregistrée par le consul Cassius Longinus3 en pays Agenais en moins 107 leur assûre l'indépendance car les Romains sont obligés de défendre leurs positions. De surcroit, lorsque Sertorius4, général sécessionniste qui dirige l'Espagne leur inflige quelques déroutes, les ducs battent en retraite à travers l'Aquitaine pour rejoindre la Provincia Romana. Troublant le repos des autochtones et dans leur précipitation, ils leur offrent l'occasion inespérée de quelques pillages. César fait état de la déconvenue du proconsul Valerius Preconinus5 et surtout celle du propéteur Manlius6 : En 77 av-J.C., refoulé au Nord des montagnes il est attaqué par les Sotiates et connait un désastre comparable à celui de Cassius Longinus7. Mais s'ensuit une contre-offensive menée par Pompée7 qui après avoir pacifié l'Espagne et fondé la ville vasconne de Pampelune (Pompaelo) fait de Saint Bertrand de Commenges un campement militaire qui recrute jusqu'aux autochtones des montagnes. Ce qui avec les peuples amis du Nord asseoit la "Pax Romana" en Gascogne. L'Aquitaine est prise entre deux feux.

La campagne de Crassus

Seize ans après Pompée la Guerre des Gaules entérine la soumission de l'Aquitaine au cours d'un campagne conduite par Licinius Crassus8, jeune fils de l'allié politique de César dans le Triumvirat. César prend prétexte de venger les humiliations de Valerius Preconinus et de Manlius pour attaquer l'Aquitaine, mais de fait, il entend surtout sécuriser les déplacements des légions Romaines en Espagne. Il souhaite étendre le protectorat Romain à la Gaule toute entière. Fils du "negotiator" romain le plus prospère, Crassus convoitait peut-être les mines d'or des Tarbelli, hypertrophiées par Strabon. César lui met à disposition 12 cohortes (7 000 légionnaires) qu'il renforce de militaires d'élite de Narbonne et Toulouse, se retrouvant ainsi à la tête de 10 à 12 000 hommes. Entreprise à l'automne, en moins 56 av-J.C., la campagne d'Aquitaine dure quelques semaines. D'abord, parti du Nord-Ouest de la Provincia Romana à Lectoure il attaque les Sotiates qui lui opposent des troupes de cavaleries mais semblent ne bénéficier d'aucun soutien de leurs voisins. Ils tentent une embuscade par les plaines mais doivent battre en retraite dans leur oppidum de Sos, une colline entre le Gers et le Lot et Garonne. S'ensuit un siège de plusieurs jours à l'issu duquel le roi Adituanus9 tenta de fuir, en vain. Crassus en profite pour obtenir la reddition des Sotiates et les désarme. Adituanus est pardonné et reste roi. Des bronzes saucés d'argent saluent sa mémoire à Lectoure, Auch, Vic-Fézensac, Aire-sur-Adour et Vieille-Toulouse. La légende Adituanus Rex représente un visage shcématisé par cinq globules virgulés imités des pièces de monnaies des Elusates avec au revers l'image d'une louve inspirée d'un denier Romain de la famille Satrienne, symbole de la soumission au peuple Romain.

Crassus doit ensuite affronter les Vocates et les Tarusates, les premiers proches des Boïates du pays de Buch et du Nord des Landes et les seconds vers le Tursan et l'Adour dans la région d'Aire-sur-Adour. De fait, tous les peuples du Sud et de l'Ouest de la Gascogne, renforcés par des Espagnols et des Cantabriques, le tout sous commandement d'anciens officiers de Sertorius rompus à la tactique Romaine. Conglomérat hétéroclite mais considérable, quoique le chiffre de 50 000 hommes annoncé par César semble volontairement outré. Cette supériorité numérique permet aux coallisés de recourir à une tactique de guérilla pour disperser les forces romaines, les affamer, tromper leur vigilance et les affoler. Sentant le danger Crassus exploite une erreur de l'ennemi qui, fuyant la bataille rangée, s'est retranché "à la Romaine" dans une forteresse de campagne. Fait unique dans toute l'histoire de la Guerre des Gaules, il fait donner l'assaut. Bien que très violente l'attaque frontale piétine et ce n'est qu'une fois la garde aquitaine épuisée que Crassus, jetant ses dernières forces et prenant à contre-pied et à revers l'ennemi, force la décision. La cavalerie romaine décime environ 75% des troupes aquitaines en déroute à travers les plaines entre Aire-sur-Adour et Dax. La campagne du chef de guerre romain fut brève et efficace car les aquitains, initialement éparpillés, se rassemblèrent trop tard. Tout indique que les gascons, conscients de leur morcellement n'aient pas voulu soutenir une guerre de longue haleine et qu'ils se soient résignés. César identifie les onze peuples qui, à l'imitation des Sotiates, firent allégeance à Crassus. On y retrouve presque tous les peuples aquitains jusque-là indépendants : les Vocates, les Cocosates, les Tarbelli, les Sibusates, les Tarusates, les Elusates, les Ausci, les Bigerionnes13, les Garumni14, les Ptianii15 et les Gates16. Quelques-uns cependant, misant sur le retour prochain de l'hiver, entrent en résistance passive. À ces exceptions près, l'indépendance de l'Aquitaine a vécu. Contemporains, les succès de Pompée en Espagne et de Crassus en Gascogne placent les Pyrénées et leurs cols sous le contrôle des Romains qui fondèrent Dax et Pampelune à cette occasion. Rien ne laisse filtrer la moindre contribution des Aquitains à la révolte de Vercingétorix en -52. Toutefois, il semble qu'ils se soient quelque peu insurgés contre Rome en -39 et -38 et Agrippa10 pilota une brève campagne punitive à leur endroit. Un peu plus tard en -29 et -28, Valerius Messala Corvinus11 fut à la tête d'opérations de police contre des montagnards pyrénéens qui détroussaient voyageurs et convois. Mais la pacification définitive de l'Aquitaine sera un des effets indirects de la campagne Cantabrique d'Auguste12 en -26, -25 conclue par l'érection du Trophée Augustéen sanctionnant le triomphe de Rome en Gaule et en Espagne.

Au final il est remarquable que la Gascogne, qui jusqu'alors n'avait guère connu de la civilisation Romaine que le vin, fut soumise assez promptement et sans grand dommage. Ceci ne vaut pas seulement pour l'épisode de la conquête Romaine mais pourrait bien ressortir d'un trait de caractère du peuple gascon lui-même. En effet lors d'évènements historiques ultérieurs le désir de paix des peuples Aquitains, qui passa parfois pour de la couardise ou de la tiédeur, semble avoir primé toute tentation de violence éxacerbée. Ainsi plusieurs conflits et crises propres à l'histoire de l'Europe ou de la France sont restés étrangers à la rive gauche de la Garonne. Cette tendance lourde gagnerait peut-être à être confrontée au fameux "radicalisme pragmatique", défiance à l'égard des idéologies clivantes, notamment les plus extrêmes, des discours enflammés et de ceux qui les profèrent, opinions politiques modérées, peu affirmées, souvent empreintes de résignation voire de déférence, qui habita très longtemps les paysans gascons.

Notes :

1

(Gnaeus) Domitius Ahenobarbus : (né vers -160), proconsul pacificateur de la Gaule Transalpine

2

(Quintus) Servilius Caepio : homme politique romain, consul en -106, connu pour avoir pillé l'argent et surtout l'or des temples de Toulouse à son profit.

3

(Lucius) Cassius Longinus : consul romain élu en -107, année au cours de laquelle il est tué par les Cimbres près d'Agen.

4

(Quintus) Sertorius : né vers -122, mort en -72, général et homme politique romain, placé à la tête des peuples de l'Hispanie, qu'il tenta de soustraire à la domination de Rome.

5

(Lucius) Valerius Preconinus : Lieutenant romain défait par les Sotiates au cours de la première campagne contre les Aquitains en -78.

6

(Lucius) Manlius : proconsul de la Gaule transalpine mis en déroute par les Aquitains (Sotiates) en -78.

7

Pompée (Gnaeus Pompeius Magnus) : né en -106 et assassiné en -48. Général et homme d'état romain, s'assûra le contrôle de l'Hispanie après avoir défait les troupes de Sertorius.

8

(Publius) Licinius Crassus (Dives) : second fils du triumvir Marcus Licinius Crassus. Il est connu pour avoir obtenu la reddition des Sotiates et de la plupart des peuples aquitains en -56.

9

Adituanus : était le roi des Sotiates et le chef des coallisés aquitains défaits par Crassus.

10

(Marcus Vipsanius) Agrippa : né vers -63, mort en -12. Général et homme politique romain connu placé à la tête d'une campagne pacificatrice en Aquitaine en -39 et -38.

11

(Marcus) Valerius Messala Corvinus : né en -64, mort en -8, connu pour avoir réprimé une révolte des aquitains en -29 et -28.

12

Auguste, né "Caius Octavius Thurinus" en -63, mort "Imperator Caesar Divi Filius Augustus" en 14. Obtint indirectement la pacification définitve de l'Aquitaine au cours de sa campagne Cantabrique en -27 et -26.

13

Les Bigerionnes étaient le peuple habitant l'actuelle Bigorre.

14

Les Garumni ou Garoumnès étaient un peuple aquitain que l'on tend à localiser en Val d'Aran.

15

Les Ptiannii, peuple obscur cité par César que l'on tend à localiser dans la région de Tarsac.

16

Les Gates, peuple aquitain cité par César comme s'étant soumis à Crassus mais résistant encore aux historiens et géographes.

Annexes

1 "Nos ancêtres n'étaient pas les Gaulois" ou l'Aquitaine selon Jules César.

Gallia est omnis divisa in partes tres, quarum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur.

Hi omnes lingua, institutis, legibus inter se differunt.

Gallos ab Aquitanis Garunna flumen, a Belgis Matrona et Sequana dividit...

Aquitania a Garumna flumine ad Pyrenaeos montes et eam partem oceani quae est ad Hispaniam pertinet ; spectat inter occasum solis et septentriones.

Caïus Julius Caesar, Bellum Gallicum.

L'ensemble de la Gaule se divise en trois parties. Les Belges habitent la première. Les Aquitains habitent la seconde. La troisième est habitée par des peuples qui se nomment Celtes dans leur propre langue et qu'on appelle Gaulois dans la nôtre.

Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes et les lois.

Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne. Ils sont séparés des Belges par la Marne et la Seine...

L'Aquitaine s'étend de la Garonne aux Monts Pyrénées et à la partie de l'océan qui touche l'Espagne. Elle regarde vers le nord-ouest.

César, La guerre des Gaules, 52 av. J-C

2 L'or des Tarbelli selon Strabon.

Bref, les Aquitains diffèrent de la race gauloise par la constitution physique et par la langue. Ils ressemblent davantage aux Ibères.

Leur pays est limité par le fleuve Garonne. Ils habitent un territoire situé entre ce fleuve et le Mont Pyréné. Le peuple aquitain comprend, en fait, plus de vingt peuples petits et obscurs. La plupart sont proches de l'Océan. Ceux qui habitent l'intérieur des terres vers les contreforts des monts Cemmènes s'avancent jusque vers les Tectosages.

La Garonne grossie de trois fleuves, se jette à la mer entre le pays des Bituriges dits Vivisques et celui des Santons. Ces deux peuples sont gaulois. Les Bituriges sont le seul peuple installé chez les Aquitains qui ne soit pas de leur race. Ils ne leur paient pas de tribut. ils ont un port de commerce, Burdigalla, situé au bord d'une lagune formée par les embouchures du fleuve.

Le pays des Aquitains en bordure de l'Océan est absolument stérile : il produit du mil comme alimentation mais il est très pauvre pour toutes les autres cultures. Il y a là un golfe qui constitue un isthme avec son homologue le golfe galatique qui se trouve sur la côte narbonnaise. Ce golfe est habité par les Tarbelli chez qui on trouve les mines d'or les plus productives de toutes : pour si peu qu'on creuse, on en sort des plaques d'or larges comme la main ; certaines ont parfois besoin d'un petit raffinage ; le reste, ce sont des paillettes et des pépites qui n'ont pas besoin de beaucoup de traitement. L'intérieur des terres et la région montagneuse ont un meilleur sol, soit vers le Mont Pyréné chez les Convènes (ce mot signifie ramassis) où se trouve la ville de Lugdunum et les très belles sources d'eau chaude parfaitement potables d'Onesiae, soit chez les Ausci où le sol est bon.

Strabon, date du texte env : 18

3 La conquête de Crassus narrée par Jules César.

Eodem fere tempore1, P. Crassus, cum in Aquitaniam pervenisset, quae pars, ut ante dictum est, et regionum latitudine et multitudine hominum ex tertia parte Galliae est aestimanda, cum intellegeret in iis locis sibi bellum gerendum ubi paucis ante annis L. Valerius Praeconinus legatus exercitu pulso interfectus esset atque unde L. Manlius proconsul imperdimentis amissis profugisset, non mediocrem sibi diligentiam adhibendam intellegebat.

Itaque re frumentaria provisa, auxiliis equitatuque comparato, multis praeterea viris fortibus Tolosa et Narbone, quae sunt civitates Galliae provinciae finitimae ex his regionibus, nominatim evocatis in Sotiatium fines exercitum introduxit. Cujus adventu cognito Sotiates magnis copiis coactis equitatumque, quo plurimum valebant, in itinere agmen nostrum adorti primum equestre proelium commiserunt, deinde equitatu suo pulso atque insequentibus nostris subito pedestres copias, quas in convalle in insidiis conlocaverant, ostenderunt. Hi nostros disjectos adorti proelium renovarunt.

Pugnatum est diu et acriter2, cum Sotiates, superioribus victoriis freti in sua virtute totius Aquitaniae salutem positam putarent, nostri autem quid sine imperatore3 et sine reliquis legionibus adulescentulo duce efficere possent perspici cuperent : tandem confecti vulneribus hostes terga verterunt. Quorum magno numero interfecto Crassus ex itinere oppidum Sotiatum oppugnare coepit. Quibus fortiter resistentibus vineas turresque egit. Illi alias eruptione temptata, alias cuniculis ad aggerem vineasque (cujus rei sunt longe peritissimi Aquitani, propterea quod multis locis apud eos aerariae secturaeque sunt), ubi diligentia nostrorum nihil his rebus profici posse intellexerunt, legatos ad Crassum mittunt seque in deditionem ut recipiat petunt. Qua re impetrata arma tradere jussi faciunt...

Armis obsidibusque acceptis, Crassus in fines Vocatium et Tarusatium profectus est. Tum vero barbari commoti, quod oppidum et natura loci et manu munitum paucis diebus, quibus eo ventum erat, expugnatum cognoverant, legatos quoque versus dimittere, conjurare, obsides inter se dare, copias parare coeperunt. Mittuntur etiam ad eas civitates Hispaniae finitimae Aquitaniae : inde auxilia ducesque arcessuntur. Quorum adventu magna cum auctoritate et magna cum hominum multitudine bellum gerere conantur. Duces vero ii diliguntur , qui una cum Q. Sertorio omnes annos fuerant summamque scientiam rei militaris habere existimabantur. Hi consuetudine populi romani loca capere, castra munire, commeatibus nostros intercludere instituunt. Quod ubi Crassus animadvertit suas copias propter exiguitatem non facile diduci, hostem et vagari et vias obsidere et castris satis praesidii relinquere, ob eam causam minus commode frumentum commeatumque sibi supportari, in dies hostium numerum augeri, non cunctadum existimavit quin pugna decertaret. Hac re ad consilium delata, ubi omnes idem sentire intellexit, posterum diem pugnae constituit.

Quos equitatus apertissimis campis consectatus ex milium L numero quae ex Aquitania Cantabrisque convenisse, vix quarta parte relicta multa nocte se in castra recepit.

Hac audita pugna maxima pars Aquitaniae sese Crasso dedidit obsidesque ultro misit ; quo in numero fuerunt Tarbelli, Bigerriones4, Ptianii5, Vocates, Tarusates, Elusates, Gates6, Ausci, Garunni, Sibuzates, Cocosates : paucae ultimae nationes7 anni tempore confisae, quod hiems suberat8, hoc facere neglexerunt.

Caïus Julius Caesar, Bellum Gallicum, liber III cap. 20-27

À peu près à la même période, Crassus était arrivé en Aquitaine. Ce pays, comme on l'a dit plus haut, représente par son étendue et sa population le tiers de la Gaule. Voyant qu'il lui faudrait faire la guerre dans des régions où peu d'années auparavant le légat L.Valérius Préconius avait été vaincu et tué, et d'où L. Manlius avait dû s'enfuir en abandonnant ses bagages, il comprit qu'il lui faudrait redoubler de prudence.

Donc, il fit ses provisions de blé, rassembla des auxiliaires et de la cavalerie. De plus il mobilisa individuellement, de Toulouse et Narbonne (cités de la province de Gaule qui sont voisines de l'Aquitaine), un grand nombre de soldats éprouvés. Puis il pénétra dans le pays des Sotiates. À la nouvelle de son arrivée, ceux-ci rassemblèrent des troupes nombreuses et de la cavalerie (qui était leur principale force) et attaquèrent notre armée en marche. Ils livrèrent d'abord un combat de cavalerie, puis leurs cavaliers ayant été repoussés et poursuivis par les nôtres, ils découvrirent brusquement leur infanterie placée en embuscade dans un vallon. Elle fonça sur nos soldats dispersés et ils engagèrent le combat à nouveau.

La lutte fut longue et acharnée. Les Sotiates, forts de leurs précédentes victoires, pensaient que le salut de toute l'Aquitaine dépendait de leur valeur. Nos soldats, en l'absence du général en chef, sans l'aide des autres légions et sous l'autorité d'un tout jeune chef, voulaient montrer ce dont ils étaient capables. Enfin, les ennemis couverts de blessures s'enfuirent. Crassus en fint un grand massacre, et dans la foulée, il tenta d'enlever la citadelle des Sotiates. Devant leur vigoureuse résistance, il fit avancer des mantelets et des tours. Les Sotiates tantôt faisaient des sorties, tantôt creusaient des mines vers nos terrassements et mantelets (ils y sont particulièrement habiles, car il y a chez eux, en de nombreux endroits, des mines de cuivre et des carrières). Mais ils comprirent que la vigilance de nos soldats les empêcherait de rien obtenir par ce moyen. Ils envoyèrent des députés à Crassus et demandèrent qu'il accepte leur soumission. Il accepte, et sur son ordre ils livrent leurs armes...

Après avoir reçu armes et otages, Crassus partit pour le pays des Vocates et des Tarusates. Alors les barbares impressionnés d'apprendre qu'une ville fortifiée par sa situation et le travail de la main, était tombée dans les quelques jours qui avaient suivi l'arrivée de Crassus, envoient de tous côtés des députés, échangent des serments et des otages et entreprennent de mobiliser leurs troupes. Ils envoient aussi des messagers aux peuples de l'Espagne citérieure. Ils en obtiennent des renforts et des chefs. Leur arrivée avec un bon commandement et des effectifs nombreux. Ils choisissent comme chefs des hommes qui avaient été les compagnons constants de Sertorius et passaient pour très experts dans l'art militaire. Ils font la guerre à la manière romaine, occupent des positions favorables, fortifient leurs camps ; nous coupent les vivres. Quand Crassus s'aperçut qu'il ne pouvait pas aisément diviser ses troupes trop peu nombreuses, et que les ennemis, eux, pouvaient aller loin, bloquer les routes tout en laissant au camp une garde suffisante, que pour cela il avait des difficultés de ravitaillement et que chaque jour les ennemis se renforçaient, il estima qu'il ne fallait plus tarder à engager le combat. il soumit la question au conseil, et quand il vit que tous étaient du même avis, il fixa au lendemain le jour de la bataille.

Notre cavalerie poursuivit l'ennemi en rase campagne. Sur les 50 000 Aquitains et Cantabres qui formaient cette armée, un quart à peine en réchappa. La nuit était très avancée quand ils regagnèrent le camp.

À la nouvelle de cette bataille, la majeure partie de l'Aquitaine fit sa soumission à Crassus et envoya spontanément des oatges. Parmi ces peuples on comptait les Tarbelli, les Bigerriones, les Ptianii, les Vocates, les Tarusates, les Elusates, les Gates, les Ausci, les Garunni, les Sibusates et les Cocosates. Un petit reste de quelques peuples, vivant aux confins, se confiant à la saison qui était proche de l'hiver, négligèrent de faire leur soumission.

César, La guerre des Gaules, Livre III ch. 20-27

Notes :

(1) Le début de la campagne de Crassus correspondrait à juillet 56.

(2) On situe le combat dans la vallée de l'Adour.

(3) Il est donc clair que César ne participait pas à cette campagne.

(4) Les Bigerriones occupaient la Bigorre.

(5) À ce jour on n'est pas parvenu à identifier les Ptianii.

(6) À ce jour on n'est pas parvenu à identifier les Gates.

(7) César introduit une restriction lourde de sens : ces peuplades insoumises justifieront une reprise de la guerre en 38-39 puis en 27. En outre, les Aquitains ne s'associèrent pas au soulèvement des Gaulois piloté par Vercingétorix en 52.

(8) Cette précision ne nous autorise pas à conclure que la guerre s'acheva en septembre, l'hiver tardant souvent en chemin en Gascogne.

Parties

I Introduction

II La Gascogne. L'Aquitaine de la Préhistoire au premier âge du fer

III La venue des Celtes

IV La conquête romaine en Gascogne

V La romanisation de la Gascogne

VI Vers la fin des temps romains

VII La reconquête des Basques et la naissance la Gascogne

VIII Et nouste Bearn dans tout çà